viernes, 8 de mayo de 2026

Poesía: "Un haitiano escribe desde México y hace que Colombia llore por Haití. La poesía no pide visa"

Nuestro amigo escritor y embajador cultural, Evans Okan,ha escrito  "Grenadye Alaso: 90 minutos para Haití", desde México, y fue publicado en 24 horas por AlterVox en Colombia y por Ilaciones en México.

Es un grito desde la diáspora: Haití en el campo de juego, mientras el mundo le pita el final. Links de publicación:
Ilaciones Mexique: https://ilaciones.com/grenadye-alaso-90-minutos-para-haiti-evans-okan/ Argentina ya lo compartió en redes, y Las Musas lo publica completo.


Hoy el poema está en manos de Le Nouvelliste, Loop Haiti, Juno7, y de las Embajadas de Haití en México y México en Haití. También de la Délégation du Québec.




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GRENADYE ALASO: 90 MINUTOS PARA HAITÍ

Haití clasificó. Bien. Aplauda el pueblo. Pero aplauda con las manos llenas de tierra y sangre. Porque aquí al lado, los bandidos han derrumbado los muros de una escuela, han matado a varios hombres… bwa kale… Politik kriminel… G9. Barbecue. Hay un pueblo que no puede soñar con penales. Sueña con salir vivo del barrio.

No busques la bandera azul y rojo en el grupo de México. No verás Fashion Mate Band tocar RARA en los estadios de Dallas. Porque Haití está en la lista roja. Sin visa. Sin TPS. Con fútbol.

El Mundial 2026 será en Norteamérica. Estados Unidos, México, Canadá. Tres países que deportan. Uno que levanta muros. Otro que pone cuotas. El tercero que sonríe mientras pide visa.

Nos venden el Mundial como fiesta.
¿Fiesta de quién?
Del patrocinador que paga el hambre con un logo. Del gobierno que inaugura un estadio y clausura un hospital. Del periodista que grita gol y calla masacre.

La FIFA dice inclusión.
La frontera dice no.
El mercado dice mano de obra barata.
El himno dice hermanos.
El retén dice cédula.

Haití no necesita ir al Mundial.
El Mundial necesita ir a Haití.
A ver si aguanta 90 minutos en Cité Soleil sin aire acondicionado, con 5 mil muertos en 2024. A ver si mete gol cuando la portería es un plato vacío.

Haití clasifica porque Haití no se rinde.
Mientras 22 muñecos del show corren detrás de una pelota, 11 millones de padres de familia corren detrás de un camión de agua. Mientras el VAR revisa un fuera de lugar, en Puerto Príncipe se revisa si hoy hay gasolina.

Minuto 1: Pita el árbitro. México se abre una caguama. En Village de Dieu se abre una fosa.
Minuto 15: Gol de Brasil. Gritos en Rio de Janeiro. El vecino haitiano no grita. Está en el colmado, fiado. El gol no paga la deuda.
Minuto 30: Tarjeta amarilla. En la frontera, migración enseña roja todos los días. Sin VAR. Sin repetición. Sin prensa.
Minuto 45: Medio tiempo. Anuncios de líneas aéreas, de nuevas marcas de celulares, de “Un Mundo Unido”. Ki kote sa? Un mundo unido por cable. Separado por alambre.
Minuto 60: Cambios. Entra el fresco. Sale el cansado. En la construcción entran haitianos. Nunca salen. No hay cambio. No hay banca.
Minuto 75: El estadio canta. La calle calla. Porque quien oye la olla rodar en el tejado, calla. Porque quien nombra al lougawou, lo llama.
Minuto 90: Pita el final. Ganamos o perdemos, mañana hay trabajo.

Haití no pitó final. Haití sigue en tiempo agregado desde 1804. Prórroga de dos siglos. Sin penales. Sin empate.

No pide copa. Pide cancha.
Que si van a hablar de juego limpio, recojan las balas de Cité Soleil.
Que si van a hablar de unión, tumben la malla de Dajabón.
Que si van a hablar de pasión, vengan a ver cómo se juega con el estómago vacío.

Hasta entonces, guárdense la pelota en sus pantalones.
Aquí la gente está ocupada sobreviviendo el partido.

La FIFA dice “Unite the World”.
La isla dice “no se puede”.
Haití dice “Grenadye Alaso!”

No voy a decir que Haití nos representa. No.
Haití se representa solo. Por primera vez en 52 años, no necesita que nadie le preste voz.
Tiene 90 minutos para gritar.

El mundo tiene 4 años para entender por qué el país sin luz prendió el estadio.
Por qué el país sin agua moja la camiseta.
Por qué el país sin país tiene bandera en el Mundial.

No quiero mañanitas.
Mejor dame gol contra la miseria.
No quiero excusas.
Mejor dame Haití.

Evans Okan
Desde la malla, mayo 2026.

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GRENADYE ALASO: 90 MINUTES POUR HAÏTI

Haïti s’est qualifiée. Bien. Le peuple applaudit. Mais il applaudit avec les mains pleines de terre et de sang. Parce qu’ici à côté, les bandits ont démoli les murs d’une école, ils ont tué plusieurs hommes… bwa kale… Politik kriminel… G9. Barbecue. Il y a un peuple qui ne peut pas rêver de pénalties. Il rêve de sortir vivant du quartier.

Ne cherchez pas le drapeau bleu et rouge dans le groupe du Mexique. Vous ne verrez pas Fashion Mate Band jouer du RARA dans les stades de Dallas. Parce qu’Haïti est sur la liste rouge. Sans visa. Sans TPS. Avec du foot.

La Coupe du Monde 2026 aura lieu en Amérique du Nord. États-Unis, Mexique, Canada. Trois pays qui expulsent. L’un qui dresse des murs. L’autre qui impose des quotas. Le troisième qui sourit pendant qu’il demande un visa.

On nous vend la Coupe du Monde comme une fête.
Fête de qui?
Du sponsor qui paie la faim avec un logo. Du gouvernement qui inaugure un stade et ferme un hôpital. Du journaliste qui crie but et tait le massacre.

La FIFA dit inclusion.
La frontière dit non.
Le marché dit main-d’œuvre bon marché.
L’hymne dit frères.
Le barrage dit papiers.

Haïti n’a pas besoin d’aller à la Coupe du Monde.
La Coupe du Monde a besoin d’aller en Haïti.
Pour voir si elle tient 90 minutes à Cité Soleil sans air conditionné, avec 5 mille morts en 2024. Pour voir si elle marque un but quand la cage est une assiette vide.

Haïti se qualifie parce qu’Haïti ne se rend pas.
Pendant que 22 pantins du spectacle courent derrière un ballon, 11 millions de pères de famille courent derrière un camion-citerne. Pendant que la VAR vérifie un hors-jeu, à Port-au-Prince on vérifie s’il y a de l’essence aujourd’hui.

1re Minute: L’arbitre siffle. Le Mexique ouvre une bière. À Village de Dieu, on ouvre une fosse.
15e Minute: But du Brésil. Cris à Rio de Janeiro. Le voisin haïtien ne crie pas. Il est au colmado, à crédit. Le but ne paie pas la dette.
30e Minute: Carton jaune. À la frontière, la migration sort le rouge tous les jours. Sans VAR. Sans replay. Sans presse.
45e Minute: Mi-temps. Pubs de compagnies aériennes, de nouvelles marques de portables, de « Un Monde Uni ». Ki kote sa ? Un monde uni par câble. Séparé par barbelé.
60e Minute: Changements. Le frais entre. Le fatigué sort. Sur les chantiers entrent des Haïtiens. Ils ne sortent jamais. Pas de changement. Pas de banc.
75e Minute: Le stade chante. La rue se tait. Parce que celui qui entend la marmite rouler sur le toit se tait. Parce que celui qui nomme le lougawou, l’appelle.
90e Minute: Coup de sifflet final. Vainqueurs ou perdants, demain il y a du boulot.

Haïti n’a pas sifflé la fin. Haïti joue les prolongations depuis 1804. Deux siècles de temps additionnel. Sans pénalties. Sans match nul.

Elle ne demande pas de coupe. Elle demande un terrain.
Si vous voulez parler de fair-play, ramassez les balles à Cité Soleil.
Si vous voulez parler d’union, démolissez la clôture de Dajabón.
Si vous voulez parler de passion, venez voir comment on joue le ventre vide.

En attendant, gardez le ballon dans vos pantalons.
Ici, les gens sont occupés à survivre au match.

La FIFA dit «Unite the World ».
L’île dit «impossible ».
Haïti dit «Grenadye Alaso! »

Je ne vais pas dire qu’Haïti nous représente. Non.
Haïti se représente seule. Pour la première fois en 52 ans, elle n’a besoin que personne ne lui prête sa voix.
Elle a 90 minutes pour crier.
Le monde a 4 ans pour comprendre pourquoi le pays sans lumière a allumé le stade.
Pourquoi le pays sans eau mouille le maillot.
Pourquoi le pays sans pays a un drapeau à la Coupe du Monde.

Je ne veux pas de mañanitas.
Donnez-moi plutôt un but contre la misère.
Je ne veux pas d’excuses.
Donnez-moi Haïti.

Evans Okan
Depuis le grillage, Cuernavaca, Mexique. Mai 2026


Note de l’auteur:
"Grenadye Alaso": Cri de guerre des soldats haïtiens de la révolution de 1804.
"Bwa kale": Mouvement populaire d’autodéfense.
"Politik": Politique en créole haïtien.
"Lougawou": Créature mythique haïtienne.
"Ki kote sa?": "Où ça?" en créole.
"RARA": Musique traditionnelle haïtienne de carnaval.


Evans OKAN




FRANÇAIS:Evans Okan est un écrivain et poète haïtien vivant au Mexique. Auteur du recueil "Puertas", il écrit sur la diaspora, la mémoire et la résistance. Son poème "Grenadye Alaso" a été publié en Colombie et au Mexique en 24h.


Evans Cadet, connu sous le nom de plume Evans Okan, est journaliste, poète, musicien et promoteur culturel. Figure internationale engagée pour le dialogue interculturel et les populations migrantes, il incarne une voix singulière, à la fois lucide et fraternelle.

Homme de conviction au regard pénétrant, il place la solidarité, la paix et l’humain au cœur de son œuvre et de son action. Installé au Mexique, ce pays pluriel et vibrant, il y poursuit une trajectoire artistique et citoyenne reconnue sur la scène internationale.

Romancier et poète bilingue, il est l’auteur d’Agar (2021, Colombie) et d’Entre mis raíces y el exilio (2025, El Sur es América, New York). Ses textes, écrits en français et en espagnol, paraissent régulièrement dans des revues et anthologies internationales, révélant une écriture sensible dont l’écho trouve un accueil profond chez les lecteurs les plus exigeants.

Acteur majeur de la scène littéraire, il a initié et organisé plusieurs rencontres d’envergure, dont le World Peace Festival Argentina 2022. Depuis 2023, il est le promoteur de Cuernavaca Poesía dans l’État de Morelos, aux côtés de poètes de renom.

Conférencier depuis 2020, il intervient en Argentine, au Mexique, en Haïti et au Pérou autour du leadership, de la spiritualité et du développement personnel.

Président fondateur d’Educultura Educación sin Fronteras S.C., il œuvre pour l’éducation et l’échange culturel entre jeunes, artistes et créateurs d’Amérique latine et des Caraïbes. Il est également coprésident de FAM-México, en lien avec Francophonie, Action Médiation, association culturelle du 8ᵉ arrondissement de Paris.

Créatif, multiple, toujours engagé: le chemin d’Evans Okan demeure celui d’un bâtisseur de ponts entre les cultures.

 

 



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